Enherbement

Intérêt

L’enherbement du vignoble permet de créer une niche écologique pour de nombreux auxiliaires. Ce sont les invertébrés qui en bénéficient le plus.

Diversifier les modes de gestion de l’entretien des sols permet de diversifier la flore, et donc les habitats. Ainsi, une parcelle offrant plusieurs strates herbacées, de la pelouse aux herbes hautes, avec une flore riche accueillera de nombreux invertébrés. En effet, beaucoup d’espèces sont très sensibles et exigeantes vis-à-vis de ces habitats : certains hyménoptères (abeilles solitaires par exemple) vont rechercher un support relativement nu pour y pondre leurs œufs, certaines araignées tissent leur toile dans l’herbe très rase alors que d’autres ont besoin d’un couvert plus important pour chasser…

Enfin, la présence de l’enherbement tout au long de la saison permet de maintenir des zones refuges et d’accueillir les espèces des plus précoces aux plus tardives.

Parallèlement, le fait de ne plus utiliser d’herbicides va favoriser la biodiversité.

Autres intérêts

  • Lutter efficacement contre l’érosion et de limiter le ruissellement et les transferts de produits phytosanitaires,
  • Améliorer la structure des sols (effet décompactant, augmentation de la stabilité structurale, de la porosité et de la perméabilité du sol, source de matière organique, vie biologique des sols favorisée…),
  • Maîtriser la vigueur et les rendements : de 0 à 40 % selon les espèces constituant l’enherbement,
  • Diminuer la sensibilité de la vigne à la pourriture grise et à la pourriture acide,
  • Diminuer le nombre d’écimages, les passages d’entretien du sol,
  • Améliorer la portance des sols (confort pour les traitements, la taille et la récolte) tout en limitant les risques de tassement.

L’enherbement de l’inter rang peut être permanent ou temporaire, semé ou spontané selon les objectifs.

L’entretien du couvert herbacé dans l’inter rang est réalisé par des outils permettant la tonte ou des systèmes de rouleaux couchant la végétation sans la détruire totalement pour assurer un mulch.

Implantation et entretien

L’enherbement semé :

Le choix de l’espèce est fonction des caractéristiques de la parcelle et des objectifs prioritaires recherchés : lutte contre l’érosion, maîtrise de la vigueur, amélioration de la portance, et de la fertilité des sols, prévention des maladies et ravageurs….

Une fosse pédologique permettra de qualifier le sol et notamment sa réserve utile (quantité d’eau que le sol peut absorber et restituer à la vigne)

Choix de l’espèce :

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Des mélanges intéressants (ray-grass anglais/fétuque rouge ½ traçante, …) sont proposés par les distributeurs. Quelques exemples de situations :

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La majorité des parcelles âgées d’au moins 5 ans peuvent être enherbées, à l’exception des parcelles non mécanisables et celles aux sols superficiels souffrant régulièrement de stress hydrique. Les parcelles gélives peuvent également être enherbées à condition de tondre ras l’enherbement avant le débourrement.

Suivant la situation, on peut adapter l’enherbement en modulant la surface enherbée. On peut commencer par un enherbement un inter-rang sur deux, 50% de l’inter-rang par exemple.

Détruire le chiendent et autres vivaces avec un herbicide systémique ou un travail du sol efficace avant l’installation du semis.

Arrêter les herbicides de pré-levée un an à l’avance sur la zone semée.

Il est préférable de semer à l’automne, le plus rapidement après les vendanges. Aucune fertilisation en plein n’est nécessaire, car le risque d’augmenter la vigueur du gazon est trop grand. Si la fertilisation est nécessaire, elle doit être localisée sur le rang.

Avant de semer, réaliser un griffage superficiel pour émietter et éliminer les adventices.

Le matériel de semis est en général loué ou mis à disposition par le distributeur.

Coût des semences : de 100 à 300 € HT /ha – selon l’espèce.

Les engrais verts :

Des semis d’enherbement temporaire (engrais verts) sont réalisables. Cette technique consiste à implanter un couvert végétal pendant la période de repos de la vigne pour augmenter la fertilité du sol, et faciliter la disponibilité en éléments nutritifs.

Les engrais verts permettent une bonne couverture automnale du sol sans concurrence pour la vigne du fait qu’ils sont retournés au printemps suivant. Leur installation en sols maigres et sableux paraît toutefois assez difficile.

Les principales familles d’engrais verts (source Agrobio Périgord) :

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* exemples – Graminées = seigle, avoine, triticale, orge…Légumineuses = vesce, féverole, pois fourrager, sainfoin…Crucifères = moutarde, radis, navette fourragère, colza fourrager…

 

Certaines espèces ont la propriété de lutter contre les adventices. Soit grâce à leur fort pouvoir couvrant (crucifère, phacélie…), soit par leur effet allélopathique – faculté de limiter la levée d’autres herbes – (luzerne contre le chardon, liseron ou chiendent, radis fourrager contre la moutarde et la ravenelle, la phacélie contre le chiendent et le sarrazin contre le rumex et la renouée…). D’autres espèces permettent d’améliorer la structure du sol grâce à leur système racinaire (luzerne, navette fourragère…).

Parmi les nombreuses espèces testées, les céréales du type blé ou orge paraissent donner les meilleurs résultats à moindre coût (par rapport à des crucifères ou d’autres espèces).

L’IFV Sud-Ouest a par ailleurs mis en évidence l’intérêt de la féverole pour son importante production de biomasse en conditions de semis tardif.

L’enherbement naturel ou spontané :

Les essais menés ces dernières années dans la région et notamment dans notre département ont montré l’intérêt de cette technique.

  • le maintien de la flore spontanée jusqu’à la floraison voire la fermeture de la grappe n’a quasiment aucune incidence sur le rendement, notamment lorsque l’enherbement est constitué d’espèces qui se développent peu et/ou à cycle court (crépis, picris, ray-grass, géranium, luzerne, vesce, orge des rats…).
  • un enherbement spontané permanent peut être toléré dans beaucoup de parcelles «moyennes», baisse de rendement de 0 à 10 % selon les situations. Ces situations «moyennes» concernent les parcelles où l’objectif de rendement fixé par le vigneron est atteint. L’enherbement spontané y est utilisé en tant qu’entretien du sol uniquement. Dans les terroirs maigres dans lesquels la vigne est peu vigoureuse, la couverture végétale spontanée permanente sera déconseillée.

L’enherbement spontané avec un désherbage sous le rang est actuellement un des itinéraires techniques les moins coûteux à disposition du vigneron.

Il doit être tondu en fonction de la pousse de l’herbe.

Précaution : Bien observer la flore présente. En présence majoritaire de plantes à forte croissance en hauteur (érigeron, amarante, chénopode…) et/ou vivaces (mauves, chiendent, sorgho d’alep…), le couvert végétal peut être détruit avant floraison pour limiter la concurrence.

Contraintes

Concurrence hydrique et azotée d’un enherbement :

Plusieurs travaux de recherche ont montré qu’un enherbement est plus concurrentiel par sa consommation d’azote que par sa consommation d’eau.

Cependant, dans les parcelles où la réduction de vigueur et de rendement est déjà importante, une forte contrainte hydrique peut accentuer le phénomène de baisse de rendement.

Par ailleurs, un enherbement assèche plus vite le sol mais il permet de mieux le recharger à l’automne (moins de ruissellement et meilleure porosité).

La concurrence azotée peut être évitée en intervenant dès que la vigne s’approche de l’équilibre vigueur/ production souhaité. Deux interventions sont alors envisageables :

  • diminution de la surface enherbée (exemple : destruction de l’enherbement 1 rang sur 2).
  • apport modéré d’azote facilement assimilable (15 à 30 unités au maximum) sous le rang de vigne au stade 3-5 feuilles étalées.

Attention : Si les deux techniques sont mises en œuvre simultanément, on risque de retrouver les problèmes combattus à l’origine (excès de vigueur…).

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